L’éloge maçonnique I

Equerre et compasEn ces temps où la politique tout entière s’appuie sur des principes abstraits et galvaudés, dans cette société en manque de repères, et en ces périodes de crises, le peuple fait de moins en moins confiance au pouvoir en place — à tord ou à raison — et nous voyons ressurgir de bonnes vieilles théories complotistes : on nous ment, la vérité est ailleurs, c’est de la faute aux illuminatis. Il y a bien évidemment beaucoup de légendes urbaines dans ces discours ; souvent extraites de romans à intrigues tels « Da Vinci Code »[1] par exemple. Mais tout ceci ne pourrait perdurer sans un minimum de véracité ; juste ce qu’il faut pour maintenir le doute à un niveau suffisant pour que la rumeur s’auto-alimente.
Ceux qui ont l’habitude de me lire savent que je parle souvent de l’idéologie maçonnique et de l’endoctrinement des masses. À mon avis, sans m’enfoncer dans des théories invérifiables, il s’agirait du minimum de vérité qui légitimise les légendes urbaines : n’importe qui sachant ce qu’est la doctrine maçonnique peut constater à quel point elle imprègne la population française presqu’autant voire plus — selon les milieux — que la chrétienté. C’est pourquoi je tente ici d’expliciter ce qu’est la franc-maçonnerie, de parler des loges les plus influentes en France et de leur idéologie respective, et comment au moins l’une d’entre-elles influence directement chacun d’entre-nous au quotidien.

Qu’est-ce que la franc-maçonnerie?

Les franc-maçons se sont inspirés des confréries de bâtisseurs du moyen-âge, qui étaient déjà subdivisées en loges, pour inventer une nouvelle sorte de confrérie, originaire, quant à elle, de l’esprit des Lumières, et dans laquelle ce qui serait à bâtir ne serait non plus les grandes cathédrales mais bien la pensée philosophique et l’humain (comprenez : son esprit, sa morale). On parle de franc-maçonnerie spéculative pour la distinguer des vrais maçons du moyen-âge qui se retrouvent relégués au rang de « franc-maçonnerie opérative » par nos usurpateurs.
Ils reprennent des bâtisseurs l’essentiel des traditions, hormis évidemment l’art de la pierre, en particulier la présence des rites initiatiques ainsi que quelques symboles. C’est ainsi que l’équerre et le compas deviennent l’emblème de la franc-maçonnerie spéculative (voir l’illustration au début de l’article). C’est aussi pour cette raison que si vous voyez ce même symbole gravé sur le mur d’un vieux monastère, il ne faut pas y voir la présence des illuminatis mais bien celle d’un maître maçon qui, fier de son oeuvre, a laissé sa marque et celle de sa loge.

Les loges recrutent par cooptation ; cela signifie qu’un franc-maçon propose des candidats qu’il juge « digne » parmi ses amis, son entourage.

Les franc-maçons ont pour habitude de relier des concepts et des symboles qu’ils n’ont en général pas inventés mais qu’ils récupèrent de diverses cultures et religions ; cette façon de faire est ce qu’on appelle le syncrétisme. Cette manie de détourner les symboles des autres présente une difficulté pour nous : celle de connaitre l’intention de l’auteur du signe. Ce n’est pas parce que nous voyons un symbole utilisé en maçonnerie que son auteur ni ses destinataires ne soient eux-même maçonniques. Par exemple, chez les étudiants en théologie, le triangle est la lettre grecque « delta » qui signifie simplement « Dieu » ; l’équerre et le compas sont encore utilisés par les compagnons bâtisseurs pour signer leurs oeuvres.
Outre la tradition des bâtisseurs, ils aiment les symboles égyptiens comme la pyramide avec l’oeil au milieu ; qui n’est non plus l’oeil d’Horus mais bien « l’oeil maçonnique de Dieu ». Ils reprennent aussi beaucoup de la symbolique juive et chrétienne : le cièrge qui représente la lumière qui éclaire les nations ; l’autel, lieu de l’offrande, avec le livre sacré posé dessus, l’arche d’alliance, l’étoile de David, et bien d’autres.

Au sujet du secret maçonnique, là encore il est inspiré des bâtisseurs qui gardaient jalousement leur savoir faire et le transmettaient à travers les rites initiatiques et les discutions en loge. Les franc-maçons font toute une propagande pour dédramatiser le secret maçonnique mais comme leur hiérarchie est pyramidale et qu’à chaque niveau il y a une initiation, ceux qui sont en bas de l’échelle ignorent le secret de ceux qui sont en haut ; et, par définition, personne ne connait le secret de celui qui est au sommet de l’échelle. Le secret maçonnique est par essence un ésotérisme ; c’est à dire un savoir accessible uniquement aux initiés. Comme l’art du franc-maçon consiste à faire progresser l’humain et que l’art des bâtisseurs est secret, on a tout de même quelques raisons de s’inquiéter sur les motifs réels d’un tel secret!

Qu’est-ce que l’idéologie maçonnique?

Le Nouvel Ordre MondialL’idéologie maçonnique enseigne que l’homme, en perdition dans un monde de souffrances et de pesanteurs, va se sauver par ses seules forces grâce à la raison et à ce qui en découle : le progrès. Certaines loges sont déistes : Dieu a créé le monde inachevé et a mis une part de sa divinité en l’homme pour que celui-ci parachève le monde. Dieu est donc comme l’horloger qui se retire pour laisser l’horloge fonctionner toute seule. Celle-ci est construite par l’horloger, mais son mouvement ne permet pas de dire qui est son concepteur : les déistes ne croient pas en un dieu révélé qui intervient dans le monde. Dans la plupart des loges déistes, Dieu est appelé « Le Grand Architecte de l’univers » ; mais beaucoup d’obédiences sont athées, parfois même panthéistes. Les franc-maçons ont donc la prétention de sauver le monde, de faire progresser l’humain, en réfléchissant en groupes (appelés : « loges ») sur ceux-ci suivant le mode de la disputatio. C’est à dire que chaque frère de loge réagit à tour de rôle, de manière argumentée et suivant un rituel, à ce qui se dit. Bien sûr — et c’est là que le bât blesse — pour que le fruit de cette réflexion se traduise en effet, il faut que les franc-maçons puissent influencer le monde, de l’échelle de l’individu jusqu’aux super-puissances ; il leur faut donc du pouvoir et un rayonnement médiatique constant.

C’est là où véritablement je montre les franc-maçons du doigt. En effet, s’il s’agissait simplement de cercles philosophiques, nous pourrions trouver cela plutôt sympathique, et certainement que j’aurais alors aimé en faire partie ; mais le problème, c’est qu’ils ont bel et bien la prétention de remodeler la société mondiale à notre insu, nous qui sommes dans l’ombre, qui n’avons pas été éclairé par l’initiation maçonnique!

Suite –>

Au prochain épisode :

La liste des loges maçonniques les plus influentes et leur site web, avec une description de ce qui fait leurs spécificités puis, dans une troisième partie (à venir), un commentaire sur comment elles nous influencent sournoisement.

Clément Adelin

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1 : Dan Brown, The Da Vinci Code, édition originale, éd. Doubleday, 2003, (ISBN   0385504209)  ; Da Vinci Code, éd. française chez Jean- Claude Lattès, 2004 (ISBN   2709624931), édition illustrée (ISBN   2709626934).

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2 Réponses à “L’éloge maçonnique I”

  1. Akram dit :

    je vois pas pourquoi on parle de l’horloge

    • Clément Adelin dit :

      Bonjour,
      l’horloge est une analogie qui représente le monde vu par les franc-maçons : elle n’a pas besoin de son créateur pour fonctionner.
      Cordialement.

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