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Soumission

Dimanche 1 mars 2015

Soumission dans Michel Houellebecq

Le dernier roman de Michel Houellebecq, paru le 7 Janvier 2015 chez Flammarion, a fait tellement polémique que son auteur a dû retarder sa sortie avant de s’exiler! En effet, certains « intellectuels » avaient jugé bon de critiquer ce livre sans même le lire! Par exemple Manuel Valls :

« La France, ce n’est pas la soumission, ce n’est pas Michel Houellebecq. Ce n’est pas l’intolérance, la haine. »[1].

Ou encore Tariq Ramadan :

« Houellebecq est au roman ce que Zemmour est à l’essai : tous deux sont des agitateurs, faussement anti-doxa, qui instrumentalisent la peur des gens ordinaires et nourrissent un nouveau racisme civilisé. »[2],

pour ne citer que les plus « fins ».

C’est plus qu’il n’en fallait à votre serviteur pour le pousser à aller faire le pied de grue tous les matins devant la librairie pendant que d’autres se prenaient pour Charlie, et il n’a pas été déçu!

Nous sommes en 2022. François, universitaire qui a consacré ses études à Joris-Karl Huysmans, évolue dans une société parisienne où le silence de la censure médiatique répond aux émeutes identitaires. Dans ce monde vascillant, au bord de la guerre civile, qui ressemble à s’y méprendre au nôtre, il se présente comme un éternel insatisfait. De son métier d’abord car il est devenu professeur à la Sorbonne plus par confort que par ambition, mais aussi de sa vie affective dans laquelle les conquêtes se suivent et se ressemblent, et que la seule dont il fut vraiment amoureux fini par rejoindre sa famille en Israël, pour se mettre en sécurité, puis par refaire sa vie.
C’est dans ce contexte que Mohamed Ben Abbes, chef de la Fraternité musulmanne, évolue en politique. François Hollande ayant été réélu en 2017, il sait déjà qu’il a toutes ses chances d’accèder à la présidence de la République à l’issue des éléctions qui se préparent et promet à François Bayrou la place de premier ministre s’il accèpte de s’allier avec lui. C’est ainsi, soudainement mais sans surprise, que la France bascule dans un gouvernement islamique. Contre toute attente, les conflits cessent et le chômage baisse. Les professeurs doivent obligatoirement se convertir à l’islam pour pouvoir conserver leur place d’enseignant mais François préfère tout d’abord se contenter d’une retraite substantielle. Miné par une oisiveté soudaine et imprévue, il va se laisser séduire petit à petit par ses collègues de la Sorbonne et accèpter de se convertir et de reprendre son poste. Il touche alors un salaire délirant et goûte aux joies de la polygamie. Pour François, l’islam est une chance.

Michel Houellebecq écrit dans un style plutôt simple, sans fioritures. Mais simple ne veut pas dire naïf : il y en a pour tous les goûts entre un érotisme cru et direct, des débats politiques et littéraires ainsi que des questions existentielles, parfois métaphysiques, souvent spirituelles. Je trouve personnellement que ce style décrit par certains comme « plat » contraste bien avec la profondeur des questions que soulève le héros du livre ; telle la musique de certains compositeurs comme Mozart derrière laquelle tout bon interprète se doit de s’effacer car tout ce qu’on y mettrait de plus serait en trop.

Nos « intellectuels » qui critiquent sans lire, collent des étiquettes en fonction des besoins de la bien-pensance et binarisent un monde complexe, ont cru que ce livre était une critique de l’islam alors qu’il s’agit en fait d’une critique de notre société, telle qu’elle est aujourd’hui en France. En effet, cette religion, même si certains personnages peuvent en exprimer de l’apréhension, arrive comme une solution, comme un « happy end » dans cette lente descente vers la dépression de François. Je n’irais pas jusqu’à dire que Michel Houellebecq en fait l’apologie mais il m’apparait clairement qu’il est très sévère envers notre manière actuelle de vivre en France.

Permettez-moi de terminer sur cette double allitération comme contre exemple de la critique qui est faite au sujet du style de Houellebecq :

« Autant que la littérature, la musique peut déterminer un bouleversement, un renversement émotif, une tristesse ou une extase absolue ; autant que la littérature, la peinture peut générer un émerveillement, un regard neuf porté sur le monde. Mais seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, [...]. Seule la littérature peut permettre de rentrer en contact avec l’esprit d’un mort de manière plus directe, plus complète et plus profonde que ne le ferait même la conversation avec un ami [...]. »[3]

Clément Adelin

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1 : lelab.europe1.fr

2 : lepoint.fr

3 : Michel Houellebecq, « Soumission », éd. Flammarion, France, janvier 2015. Page 13.

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