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Le suicide français

Samedi 17 janvier 2015

Dans son dernier « best seller » qui s’est vendu à plus de 400 000 exemplaires, Eric Zemmour nous fait une relecture de quarante ans d’Histoire afin de nous montrer comment les valeurs qui ont fait la grandeur de la France auraient été volontairement et méthodiquement déconstruites. Se faisant, il se propose, par son livre, de « déconstruire les déconstructeurs »[1].

Il choisit pour cela d’aborder une relecture chronologique des évènements depuis Mai 68 à nos jours. Cette approche a l’avantage d’objectiver son discours en l’attelant à du « concret » mais présente, en contre-partie, l’inconvénient de mélanger et disséminer les différents thèmes abordés au gré de l’actualité. C’est pourquoi je propose ici un regroupement de citations par thème.

Dès l’introduction, Eric Zemmour place Mai 68 comme évènement déclencheur de cette déconstruction :

« On ne cesse de nous répéter depuis quarante ans que Mai 68 fut une révolution manquée, alors qu’elle a vaincu ».[2]

On découvrira au fur et à mesure que s’en est même le fil conducteur :

« Notre époque a été tout entière dessinée par Mai 68. Non les évènements eux-mêmes [...] ; mais le récit épique qui en a été forgé, [...] l’univers mental, culturel, idéologique qui en est sorti, ont façonné le nouveau visage de notre pays. »[3]

Par exemple, au sujet des nouveaux média, il nous dit :

« L’ordinateur personnel (et son corollaire Internet) amplifierait le potentiel révolutionnaire de la vulgate idéologique soixante-huitarde : individualiste, cosmopolite, antihiérarchique, antiétatiste. Ni Dieu, ni maître, ni frontière. »[4]

Les deux thèmes qui semblent les plus importants, ou tout du moins dont découlent les autres, seraient le patriarcat et la souveraineté nationale ; ces deux concepts qu’il associe volontier au général de Gaulle :

« Ils sont venus [aux obsèques du général de Gaulle] parce que c’était lui. Ils sont venus parce qu’ils avaient raté l’enterrement de Churchill, parce qu’ils n’avaient pu se rendre aux obsèques de Staline, que c’était le dernier géant de la seconde guerre mondiale, le dermier géant tout court ; ils le sentaient confusément. »[5]

« L’Europe technocratique des bureaux s’avéra la camisole idoine pour empêcher le chien national et démocratique de mordre. Mais nos émules de Jean Monnet mirent quarante ans à trouver la bonne muselière, gênés qu’ils furent par l’échec de la SED, puis par le retour du général de Gaulle qui, lui, au contraire, se servait de la démocratie pour restaurer la souveraineté française. »[6]

« Pour de Gaulle, une France vaincue, sous la botte des Allemands, obéissant à son vainqueur, ne pouvait pas être la France, car elle n’était plus souveraine. » [7]

« De Gaulle a échoué. Quarante ans après sa mort, son chef-d’oeuvre est en ruine. Il avait rétabli la souveraineté du peuple. Depuis 1992, la France a abandonné sa souveraineté nationale au profit d’un monstre bureaucratique bruxellois, dont on peine à saisir les bienfaits. [...] Le peuple a compris la leçon. Le peuple boude. Le peuple ne vote plus. Le peuple s’est de lui-même mis en dissidence, en réserve de la République. » [8]

Au sujet du patriarcat :

« Ces vagues de féminisation et d’universalisme postchrétien brisèrent les digues d’une France encore patriarcale, reposant sur l’imperium du père, à la maison comme à la tête de l’État. La victoire de la révolution passait par la mort du père. De tous les pères. »[9]

« Mais le père est une création artificielle, culturelle, qui a besoin du soutien de la société pour s’imposer à la puissance maternelle, naturelle et irrésistible. Le père incarne la loi et le principe de réalité contre le principe de plaisir. Il incarne la famille répressive qui canalise et refrène les pulsions des enfants pour les contraindre à les sublimer. »[10]

« Depuis les années 1970, les individus s’étaient émancipés en brisant la tradition religieuse ; une nouvelle morale s’érigeait sur les ruines de cette dernière. Après un pouvoir patriarcal, d’essence virile (l’État, l’Église, le père), un État maternel qui infantiliserait et culpabiliserait. » [11]

De la déconstruction du patriarcat découle fort logiquement celle du mariage :

« On a vu le travail de sape réalisé par le capitalisme américain — et ses épigones occidentaux — pour abattre la figure du père. Se servant des revendications libertaires et féministes, il fut aisé de dissimuler que la destruction de la famille patriarcale sonnait en réalité celle de la famille tout court. Seul les lecteurs les plus avisés de Karl Marx auraient pu le comprendre. »[12]

« Les années 1970 avaient tout bouleversé. Le sexe était un jeu, un plaisir, il devenait une identité. Le mariage n’était plus une institution mais une histoire d’amour. »[13]

« La destruction de la famille occidentale arrive à son terme. Nous revenons peu à peu vers une humanité d’avant la loi qu’elle s’était donnée en interdisant l’inceste : une humanité barbare, sauvage et inhumaine. L’enfer au nom de la liberté, de l’égalité. L’enfer au nom du bonheur. »[14]

Voilà pour les thèmes qui semblent les plus importants dans le raisonnement d’Eric Zemmour. Il y a ensuite ceux qui ont fait polémique sans forcément être des thèmes majeurs : Je les aborde sans entrer dans le détail car l’esprit de ce blog est, je le rappelle, de se sortir de la pensée unique.

Il y a eu une polémique sur le régime de Vichy [15] dans laquelle on accusait notre essayiste de faire l’apologie de pétain, lui qui cite du de Gaulle dès que l’occasion se présente!

Un autre thème qui est assez important sans être central, c’est l’immigration. C’est le prétexte pour placer Eric Zemmour dans la case « FN », ou « sale facho », voire « nazi » (!) par ses détracteurs en panne d’arguments. Pour notre écrivain, les vagues d’immigration successives, qui auraient d’abord servi l’industrie et le bâtiment en fournissant une main d’oeuvre docile, seraient devenues trop importantes ; empêchant à la fois les migrants de s’assimiler à leur terre d’accueil, et les autochtones de les accueillir convenablement. Ce serait un facteur important d’apparition du communautarisme en France, bien que ce ne soit pas le seul.[16]

« Il n’y eu pas de plan ni de grand complot ; simplement la vie qui avance. Ces jeunes venus du Maghreb et d’Afrique faisaient l’Histoire, même s’ils ne savaient pas l’Histoire qu’ils faisaient. Avec l’instauration du regroupement familial, Giscard avait enclenché une folle machine historique, ressuscitant l’antique conflit qu’on croyait depuis longtemps éteint entre nomades et sédentaires. »[17]

Enfin, pour conclure ce reccueil de citations, je note cette petite phrase que je fais mienne :

« c’est l’opposition des idées dans l’espace public qui féconde la pensée et entraîne le progrès. »[18]

À travers ce livre, Eric Zemmour nous livre sa pensée. Elle est pessimiste, j’irais jusqu’à dire déprimante, mais indispensable à connaitre pour tous ceux qui veulent se sortir d’une vision manichéenne du monde imposée par le pouvoir en place.

Le point faible principal de ce livre est — à mon avis — le manque de notes de bas de page. J’aurais aimé en particulier pouvoir replacer certaines des nombreuses citations dans leur contexte original. Certains chiffres auraient mérité une référence vers une source de statistiques reconnue ; en particulier lorsqu’il s’attaque à la version officielle de l’histoire de notre pays.

Eric Zemmour est passioné d’histoire et ça se voit. Il nous fait goûter quelques perles de son immense culture. Une culture qui le place d’emblée dans le camp des dissidents car elle l’émancipe de la doctrine officielle ; faisant de lui un paria, un homme à pourchasser, à discréditer à défaut de pouvoir lui donner tort. Avec « Le suicide français » on peut dire que Zemmour transforme l’essai.

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1 : ERIC ZEMMOUR, « Le suicide français », éd. Albin Michel, Paris 2014. Page 16
2 : ibid. Page 10
3 : ibid. Page 15
4 : ibid. Page 218
5 : ibid. Page 21
6 : ibid. Page 357
7 : ibid. Page 380
8 : ibid. Page 517
9 : ibid. Page 15
10 : ibid. Page 34
11 : ibid. Page 343
12 : ibid. Page 106
13 : ibid. Page 266
14 : ibid. Page 35
15 : ibid. Page 88
16 : ibid. Page 145
17 : ibid. Page 211
18 : ibid. Page 118